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Portrait de Simone

Appelez-moi Simone

Janvier 2022

Le rendez-vous pour mettre en lumière les visages qui font la richesse de Chez Simone et saluer cette communauté de femmes extraordinaire de diversité.

Rencontre avec Maïté

« Qui est Maïté? »

C’est la question que je me suis posée en sortant de notre rendez-vous qui avait pourtant duré plus de deux heures et dans lequel pas un seul silence gênant ne s’était immiscé. Nous avions discuté sans cesse, comme de bonnes copines, et pourtant je ne parvenais pas à saisir qui elle était. 39 ans, une brillante carrière dans la pub, Simone de la première heure, passionnée de théâtre… mais encore ?

Face à ma page blanche, je repensais à cet échange et je m’interrogeais : qu’est ce qui construit un être humain?

Commençons par la base, les racines : les parents, l’héritage familial, la transmission.

Son père d’abord, issu d’une famille basque. Pas la version Luis Mariano mais plutôt la version hardcore du game : celle des indépendantistes. Il avait grandi dans une grande maison posée sur une crête des Pyrénées, entre la France et l’Espagne. Une demeure aux murs bâtis assez épais pour camoufler ce qui pouvait s’y dire et aux poutres creusées pour y cacher des produits de contrebande. Une famille paternelle aux activités secrètes qui lui vaudra quelques anecdotes qu’on ne peut connaître qu’en portant un nom classé dans les dossiers d’Interpol. « Pendant longtemps lors de mes voyages, ma valise arrivait toujours en dernier sur les tapis bagages des aéroports. Et puis un jour cela n’a plus été le cas, j’en ai donc déduit que mon tonton terroriste avait été arrêté».

Un papa qui la marquera à vie du sceau de cette culture en lui donnant ce doux prénom : Maïté, « petit amour » en langue basque. Deux syllabes comme un témoignage de son amour paternel qui lui rappelleront chaque fois qu’elle les entendra qu’elle aura été un être qui compte, malgré son absence. Un papa en pointillés, parti en Centrafrique pour son travail, qu’elle ne croisera que rarement jusqu’à ses 8 ans, puis plus du tout jusqu’à apprendre sa mort alors qu’elle n’avait que 27 ans.

Sa maman ensuite, originaire de Soissons, ville dans laquelle elle part se réfugier pour y élever sa fille seule lorsque le paternel disparaît. Une mère « ange-gardien » qui, consciente de l’immense curiosité de sa fille, aura pour seul objectif de mettre entre ses mains toutes les armes pour la mener à la réussite et à la réalisation de soi. Elle est le parent qui aura compensé l’absence de l’autre et qui a nourri Maïté à la confiance pour qu’elle ne doute jamais de ses capacités hors-norme. Une femme courage, de celles qui gardent la tête haute, qui serrent les dents et avancent coûte que coûte. « Je suis issue d’une lignée de femmes pour qui la notion d’indépendance et d’autonomie est importante. De mon arrière-grand-mère à ma mère, j’ai été élevée avec cette idée de ne pouvoir compter que sur moi-même ».

Tableau familial brossé, voilà le terreau de la jeune pousse. Cette jolie personne aux cheveux écureuil assise en face de moi et qui grignote avec gourmandise un petit pain à la cannelle. Cette femme très belle, qui débite mille punchlines à la minute, et dont l’intelligence imprègne chacune de ses phrases.

Maïté grandit à Soissons donc, une petite ville de province dans laquelle, au temps des années 80, elle ne s’est jamais sentie intégrée. Elle est une enfant au père pas souvent là, dont elle raconte dans la cour d’école sous le regard incrédule des autres élèves qu’il réapparaît parfois les bras chargés de mangues et de bracelets africains. Élevée dans l’amour d’une maman dont elle ne porte pas le nom et qui pour la nourrir d’art, l’amène tous les mois voir des expos à Paris. Une enfance à la « Fame » : danse, piano, solfège, chorale, et tennis aussi. « C’est grâce à ce sport qu’on a découvert que j’étais myope. Face à un mur j’étais géniale mais face à un adversaire je me prenais toutes les balles dans la tête. Ce qui en est resté c’est la phobie des balles et des ballons…. Forcément, après avoir passé une partie de mon enfance à me prendre des balles dans la tête, avec un oncle passionné de tennis sur le banc de touche qui hurlait que j’étais nulle… ! ».

À l’âge de 16 ans, elle retourne à Paris sous l’impulsion de sa mère qui souhaite lui donner les moyens de son ambition : intégrer Sciences Po Paris, projet auquel ne croit pourtant pas son professeur principal qui la ridiculise devant toute sa classe lorsqu’elle évoque le sujet. Elle rejoint les bancs d’un grand lycée parisien, Carnot, établissement dans lequel elle aura la chance de croiser des enseignants qui lui redonneront confiance. Jusqu’à recevoir l’adoubement : celui de ce professeur de terminale émérite qui, lui rendant un jour sa copie en la questionnant sur ses projets d’études secondaires, lui répond tel un oracle « vous faites bien, et vous l’aurez » lorsqu’elle lui expose son projet de réussir le concours d’entrée à l’Institut d’Etudes Politiques.

Pari gagné. Elle est reçue dans cette école prestigieuse pour cinq années lors desquelles elle nouera ses plus belles et ses plus grandes amitiés, « la famille que je me suis choisie » confie-t-elle. De conférences d’Hillary Clinton en cours magistraux donnés par DSK, elle y nourrit sa curiosité des débats sur les grands enjeux du monde. Un an à la Boston University plus tard, elle rejoint le monde de la pub dans lequel elle mène depuis une brillante carrière en France et en Angleterre, jusqu’à intégrer aujourd’hui le board d’une entreprise aux dimensions plus humaines et à l’éthique correspondant à ses valeurs.

L’engrais qui l’aura fait s’épanouir est celui-là : la soif de connaissance, le besoin de participer à de grandes choses, la connexion aux autres, la découverte permanente, le challenge perpétuel. L’envie de réaliser ses rêves.

Maïté est une femme impressionnante. Je me laisse envoûter en l’écoutant exposer son parcours sans faute. Et parfois, entre les lignes d’un CV brillantissime, apparaissent les quelques brèches qui permettent de voir plus profond en elle. Des moments d’une grande intimité qu’elle livre soudainement, étrangement et sans retenue aucune, comme pour crier à quel point elle est humaine. Son papa absent, parti construire une autre vie loin d’elle et à qui elle n’aura jamais pu dire adieu. Son parcours de femme en son absence, particulièrement réussi comme s’il s’agissait d’une revanche. Son rapport à la maternité dans ce corps frappé par l’endométriose, son questionnement autour de la transmission, celle du sang ou des valeurs… Par bribes, elle se laisse découvrir : est-ce que ce n’est pas cette ambivalence entre une force surhumaine et une incroyable fragilité qui ferait Maïté ?

Maïté est la femme dont j’aurais pu être amoureuse si j’avais été un homme, un vrai. De ceux qui accueillent sans crainte et sans complexe la force féminine. Qui reconnaissent la sensibilité derrière l’apparente invincibilité. Qui savent traverser les murs de protection construits par celles qui se battent pour devenir les égales. Une femme à laquelle, accueillant dans mes bras à la manière d’un paternel tout à la fois sa pleine puissance et sa fragilité, j’aurais aimé chuchoter au creux de l’oreille : «Maïté, tu es un « petit amour », mais tu es surtout une grande femme ».

Portrait réalisé par Juliana Capblancq
Crédit photo : Charlotte Lindet

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