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Portrait de Simone

Appelez-moi Simone

Novembre 2021

Un nouveau rendez-vous pour mettre en lumière les visages qui font la richesse de Chez Simone et saluer cette communauté de femmes extraordinaire de diversité.

Rencontre avec Mathilde

J’ai rencontré Mathilde un vendredi humide et glacial de fin octobre. Une de ces journées où la survie d’un être humain tient à un plaid douillet et un canapé.

Avec elle, je n’avais échangé jusqu’alors que quelques sms de logistique, des petits messages purement formels mais qui sont apparus sur mon écran de téléphone comme des rayons de soleil auraient transpercé un ciel d’automne envahit par les ténèbres. Des échanges ponctués de points d’exclamation enjoués et de formules qui laissaient imaginer la douceur de celle qui les avait rédigées.

Ce vendredi après-midi, les pieds trempés après avoir affronté cette météo de veille de fête des morts, j’arrive donc dans un immeuble niché au cœur du 11ème. Je ne sonne pas, comme elle me l’a demandé : son bébé fait la sieste.
La porte s’ouvre sur un joli appartement plongé dans une lumière chaleureuse. Derrière elle, je découvre une petite femme à l’allure délicate et au visage traversé d’un sourire avenant, qui fait ressortir la couleur rosée de ses pommettes. Elle m’offre un thé chaud et le confort de ce canapé nécessaire à ma survie en ce jour particulièrement hostile.

Quelle Simone est-elle ?

Chez Simone, Mathilde pratique le cabaret. Et la boxe. Quel rapport ? « Dans la boxe tu maîtrises, tu envoies toute ta puissance, tu te défends. La cabaret c’est pareil, sauf que ta puissance c’est ta féminité, tu l’assumes à un niveau tel que ça devient ton arme ».

Une entrée en matière intéressante et qui allait donner le ton de cet échange. Un peu comme la douceur de ce moment partagé avec elle au milieu du marasme automnal, je découvrais, derrière ce bout de femme, tout un paradoxe.

Entrevue sur son histoire

Mathilde est née il y a 35 ans dans une famille de classe moyenne à Monaco. Une enfance douce et heureuse entourée de ses trois frères et sœurs avec qui elle forme un clan. Trois êtres dont elle se dit ultra proche, bien que deux d’entre eux vivent à l’autre bout du monde, en Asie, et l’autre trois immeubles plus loin, à cinquante mètres de chez elle.

C’est sur ce rocher clinquant de bord de mer, dans ce pays microscopique aux histoires de princes et de princesses, que la jeune fille de 17 ans sage et proprette croisera la route d’un garçon un peu « bad boy » sur les bords. Thomas, celui qui a attrapé son cœur avec un air de vouloir en découdre. Lui qu’on dit brute est celui qui calme et apaise celle qui bouillonne sous la douceur de son apparence. Il est le père de son fils et son mari depuis 3 mois à peine bien qu’ils soient amoureux depuis 15 ans.

Que leur histoire est belle à ces deux là ! Elle doit pourtant son existence à un fait tragique : lors d’un voyage en Indonésie, Mathilde a échappé de justesse à la noyade. Leurs chemins étaient séparés à ce moment de leur vie, mais Mathilde se réveilla de cet accident en pensant à une seule personne : Thomas. Au même moment, lui, de son côté du globe, rêvait aussi de Mathilde : elle se noyait. Une histoire aussi incroyable que vraie, comme si leurs destins étaient liés.

C’est devant cette évidence qu’ils retombèrent dans les bras l’un de l’autre pour s’épanouir dans cet amour et lui donner corps quelques années plus tard avec la naissance de ce petit bébé qu’ils prénommèrent Carl. « Comme Carl dans The Walking Dead. Et puis aussi comme Carl Jung, un psychanalyste que j’aime bien ». Choisir un prénom en référence à un ado tueur de zombies tout autant qu’en hommage à l’un des plus éminents psychanalystes… vous avez dit paradoxe ?

Juriste spécialisée dans les contentieux, de formation avocate, Mathilde aime défendre ses positions et se mettre au service du droit des autres. Elle est une louve loyale et fidèle envers les siens mais qui attaque et mord si on ose leur porter préjudice.

Elle se dit trop exigeante avec elle-même tout comme avec ceux qu’elle aime. Eux la disent bienveillante. Une bienveillance qu’elle a à cœur d’enseigner à son fils et qu’elle met au centre de sa vie. Elle aime le mot « amour », un mot très beau selon elle et que son fil de 16 mois prononce à tout bout de champs. A ses yeux, c’est la seule chose qui compte, peu importe sa forme : l’amour des siens, l’amour d’un livre, l’amour d’un geste, l’amour de son travail…

Lorsque je lui demande de citer une femme qu’elle admire, Mathilde m’étonne encore : Mme de Merteuil, la marquise manipulatrice et machiavélique des Liaisons Dangereuses. Mariée trop jeune puis devenue veuve, cette femme a pris le contrepieds de son destin tragique en se servant de l’argent de son défunt mari pour vivre libre et indépendante à une époque où les femmes ne pouvaient être que sous la coupe d’un homme. C’est cela qu’elle admire, Mathilde. Et ce que je trouve merveilleux moi, c’est cette capacité à voir le meilleur, même chez un être à priori détestable.

Sans que l’on ne s’en rende compte, cela fait 2h que nous sommes là à discuter sur son canapé. Dans la pièce d’à côté on entend que ça babille : Carl se réveille, il est temps pour moi de partir.

Aurevoir Mathilde, aurevoir Carl. La lourde porte cochère claque derrière moi, me projetant de manière soudaine dans le vacarme de cette rue parisienne. En rejoignant le métro, je repense à cet échange, à cette vie, à ce destin de femme, tout en paradoxes. Un destin qui pourrait être le mien ou celui d’une autre. Et alors que je dévale les escaliers pour m’engouffrer dans le métro, je suis arrêtée dans mon élan par un rayon de soleil qui, à la manière d’une Mathilde, a bravé la tempête pour venir me caresser la joue.

Portrait réalisé par Juliana Capblancq
Crédit photo : Charlotte Lindet

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